mardi, juin 18, 2002

La tribune de Stoecklin



Champion du monde en 1995, meilleur joueur de la planète en 1997, Stéphane Stoecklin a évolué au Japon avec brio pendant quatre ans.

De janvier 2001 à juin 2002, il a livré à Hand-Action ses pensées teintées d'humour. Retrouvez ses 18 chroniques orientales et handballistiques dans les commentaires.

3 Comments:

Blogger Chocolate said...

Hand-Action n°1, janvier 2001

10 jours de pur bonheur

Ce n'est pas un merveilleux cadeau de Noël a retardement que ces Championnats du monde de handball qui se déroulent en France ? Bien d'autres sports aimeraient avoir cette chance, surtout après l'effet Coupe du monde de foot.
Je jalouse presque les joueurs que Daniel (Costantini) a choisi. II faut se dire que, quand on pratique le hand et que l'on a la chance de participer au plus grand rassemblement des meilleurs handballeurs de la planète sur ses terres, on doit prendre un sacré pied !!!
La vie en bleu pendant deux semaines avec, il faut bien le dire une grosse pression médiatique et fédérale, est une chose que seuls les joueurs peuvent ressentir.
Mais ce n’est rien en comparaison des tonnes de frissons, émotions, doutes, quelques fois de prises de gueules et de souvenirs que procure un tournoi mondial. Si, en plus, on a la chance de monter sur le podium, alors là, croyez-moi sur parole, c'est le paradis !
C'est quoi être joueur de l’équipe de France pendant dix jours ?
C'est tout d'abord se trimballer un « putain de gros sac » d'aéroport en aéroport, d'hôtel en hôtel et, pour Christian Gaudin, de palais des sports en palais des sports car « Kiki » est, certes, un sportif avant tout, mais d'une élégance rare, et c’est pour cela qu'il emmène presque toutes ses tenues de gardien au match, la couleur de celle-ci sera choisie suivant le décor de la salle.
Etre joueur, c’est aussi partager sa chambre d'hôtel avec un autre et le peux vous dire que, pour avoir participe a cinq championnats du monde, cela relève de l'exploit de contenter tous ces caractères, aussi différents les uns que les autres. Vous avez très bien compris que I'on ne met pas un couche-tôt avec Monsieur Richardson qui, lui, a plutôt tendance a traîner sa chevelure imposante du coté du bar de l'hôtel.
On me mettra pas non plus un passionne d'Arte avec Bertrand Gille... Être joueur, c’est aussi vivre les repas pris en commun et l'important dans ce cas-la, est de me pas arriver le dernier car, alors, la seule place restante se trouve a coté du « boss » et, là, on sait que les discussions seront toute autres que celles du bout de la table...
Être joueur, c’est aussi être dams l'attente de sa titularisation pour le match du lendemain et, par expérience, je peux vous dire que dans la tête de pas mal de gars, ca travaille ! Une des grosses galères, quand on est joueur, c'est de laisser des invitations a nos proches et nos amis car ils sont toujours plus nombreux que le nombre de places attribuées par la fédération (allez la fédé, un petit effort, svp). Et puis, arrive le match. C'est ce qu'il y a de plus bandant ...On pose le sac au vestiaire et, de suite, on va prendre la température de la salle. Quelques uns se font submerger de demandes d'autographes, d'autres préfèrent rester aux vestiaires pour continuer leur concentration. Chacun son truc.
Et le meilleur arrive ensuite... Le moment où l'on enfile notre « habit de lumière », tous dans une même pièce avec, quelques fois, des frayeurs pour certains, comme un oubli de maillot a I'hôtel. Parfois, on prend les deux pieds gauches de nos chaussures et ça, quand ça arrive et que l'hôtel est à cinquante bornes, c'est très, très moyen comme sensation.
Nous voilà enfin beaux comme des dieux, prêts à écouter le « speech » du boss. Ce genre de discours n’est jamais très long avec Daniel (Costantini) et, pour ma part, je trouvais ça bien car on sait pourquoi on est là: POUR GAGNER.
Toutes les cartes sont maintenant dams nos mains pour accomplir notre mission. Toute la salle chance la Marseillaise ainsi que certains joueurs. D'autres comme, à I'époque, Laurent Munier, chantaient l'hymne de nos adversaires et c’est vrai que c'était très rigolo. Ça permettait d'enlever un peu de mauvais stress.
Le match se déroule, évidemment, parfois bien, parfois moins bien. Quand c'est « parfois bien », on peut entendre des chansons paillardes dans les vestiaires façon Gregory Anquetil. Quand c’est « parfois moins bien », on pourra!t entendre la neige tomber sur le Fuji-yama. La défaite, comme la victoire, fait partie de la vie d'un sportif.
C'est vrai que le retour en bus après une victoire est beaucoup plus agréable, tout comme le petit déjeuner du lendemain de match.
De retour a I'hôtel, tout le monde reprend son « train-train ». Certains vont au massage, d'autres préfèrent lire, écouter de la musique (réunionnaise pour nos joueurs exotiques) ou alors mater un film.
Certaines choses se passent dans la tête des joueurs que des mots ne peuvent expliquer. Ce sont des choses qu'il faut vivre.
Voilà. J’espère vous avoir fait partager un peu de la vie en bleu. Mais, attention, une équipe ne gagne jamais sans l'aide de son public. Faites-moi confiance, encouragez-les jusqu'a l'extinction de votre voix et cette équipe vous le rendra au travers d’émotions et de moments inoubliables. Bons Championnats du monde et rendez-vous le mois prochain.

Un Barjot du nom de Stéphane Stoecklin

03 mars, 2005 16:07  
Blogger Chocolate said...

Hand-Action n°2, février 2001

Profitons du moment présent

C’est certain, venir comme consultant ou comme joueur, ce n’est forcément pas la même préparation physique et mentale. Je n’avais bien évidemment pas les mêmes sensations avant la compétition. Ensuite, les vêtements que j'ai emportes ressemblaient plus à des habits de ville qu'à la tenue officielle de la Fédération française.
Mon ami Frédéric Brindelle, « le monsieur hand » de la télévision française, m'a accueilli à la gare de Nantes. « Ma petite brindille » (Frédéric Brindelle), c'était un peu comme mon chef de délégation lors de ces Championnats du monde.
Quand j'étais international, la veille d'un rassemblement, on avait l'habitude de se retrouver avec mes potes, Pat (Cazal), Jack, « Kiki » (Gaudin) et en passe bien sûr... Cette année, je ne les ai pas vus le premier soir, seulement le lendemain lors du premier plateau. En fait, le premier soir, nous nous sommes donnés rendez-vous dans un restaurant de Nantes, avec quelques confrères journalistes.
On a parle des chances de l'équipe de France, de ma vie au Japon et de Nantes. On savait que l'on allait passer une semaine clans cette ville. II fallait donc savoir s'il y avait des endroits qui bougeaient le soir. Car, la vie d'un journaliste pendant un championnat du monde est intense la journée, surtout pour moi à la télé. Le soir, pendant que les joueurs se reposent, les « journaleux » sortent. Déjà, on mange tard, vers 22 heures, une fois que tout est fini. Et là, pas question de crudités ou de viandes blanches. C'est plutôt T-Bone, steaks et compagnie.
Et, donc, comme j'avais ma « licence de journaliste », je suis sorti le soir... D'ailleurs, pour ceux qui ont suivi la première semaine de nos petits « bleus » sur les écrans de Pathé Sport, je pense que ça c'est vraisemblablement un peu ressenti dans le son de ma voix.
Quel plaisir aussi de voir mes anciens coéquipiers préparer les matches. Je savais ce qu'ils ressentaient... Je les rencontrais au « car » en début d'après-midi tous les jours. Je leur faisais partager ce que je ressentais en tant que supporter numéro 1. Je leur disais ce que je voyais de là-haut, perché dans les tribunes, et devant mon écran de contrôle, coiffé d'un casque et d'un micro façon Madonna...
En fait, j'étais un peu arrivé la fleur au fusil. Mais il y a comme une sorte de préparation de match quand même. Ce n'est pas aussi facile qu'on peut le penser, d'être consultant sur une chaîne de télé ! Nos paroles sont retransmises en direct... Ce n'est pas qu'on y pense vraiment mais quand même. Tu sais qu'à la réalisation, ils n’arrêteront pas le magnétoscope pour rembobiner. Là, c’est du direct.
Mais quel pied ! Pouvoir faire ressentir aux téléspectateurs mes sensations d'ancien joueur. Et je ne vous parle même pas du plaisir de recevoir à l'antenne et donc d'interviewer des mecs comme Jack, lui poser des questions que certains journalistes n'osent pas forcement lui demander. Moi, en fait, j’avais décidé d'être aussi naturel que possible à l'écran, d'être moi-même tout simplement. J'espère que les téléspectateurs ont ressenti que j'étais « nature »
Pour ceux qui ne connaissent pas le milieu des journalistes, je peux vous dire que c'est une véritable fourmilière que cette salle de presse, surtout pendant un Championnat du monde. Ca grouille de partout ! A la fin des matches, tout le monde court envoyer ses « papiers » le plus vite, ou bien les photos, ou encore, pour nous les télés, interviewer les joueurs.
Au fait, je vous ai mentis au début quand je vous ai dit que je n'avais emporté que des vêtements de ville clans ma valise. J'y avais aussi soigneusement posé mon dernier maillot de I'équipe de France (France -Espagne aux Mondiaux 1999). Car, même si je ne suis pas venu en France comme joueur, je me suis dit qu'au cas où, si la France avait besoin de moi, je serais là pour la supporter corps et âme.
Et si j'avais eu un message à faire passer aux joueurs et aux « aficionados » du hand, il ne serait pas long : « profitons du moment présent »

Un Barjot du nom de Stéphane Stoecklin

06 avril, 2005 15:01  
Blogger Chocolate said...

Hand-Action n°3, mars 2001

Il y a quelque chose qui ne va pas…

Etre champions du monde de handball, c’est d'abord une récompense personnelle mais aussi une joie collective. Tu te dis : « toutes les autres équipes de la planète sont derrière et il n'y a personne devant ! », Dans I'avion qui nous ramenait d'Islande, après être monté sur la plus haute marche du podium lors des Championnats du monde 1995, c’était de la folie pure, La bière coulait a flot, on chantait jusqu'à l'extinction de voix. On se disait que l’on allait faire une « putain » de bringue en arrivant à Paris et que le handball allait, peut-être, enfin sortir de l'anonymat après nos médailles de bronze au Jeux Olympiques de Barcelone (1992) et d'argent aux Championnats du monde de 1993 en Suède.
Lors de notre arrivée à Roissy la descente de l'avion s'est avérée « risquée » étant donné qu'on s'était alimenté, pendant le voyage, façon « féria de Nîmes » ... Mais qu’importe ! On n’est pas champions du monde tous les jours, Beaucoup d'anciens joueurs de la fameuse épopée des « Bronzés » nous attendaient ainsi que des supporteurs. Je peux vous dire que ça fait chaud au coeur de voir autant de monde venir pour nous féliciter, surtout que l'on avait atterri très tôt le martin.
A la douane, la médaille nous a servi de passeport et notre seul bagage était le trophée. Un bus nous attendait Direction : la Fédération française de handball pour boire le champagne de la victoire.
Je peux vous dire que c'était presque la soupe à la grimace de la part des « gros bras » de la Fédé. On a eu l'impression de les avoir sortis du lit et que c'était presque une corvée pour eux de venir nous accueillir. Seuls les secrétaires, qui avaient suivi notre parcours, étaient super heureuses et heureux de nous voir. Au final, deux heures d'attente pour boire un "dé à coudre" de champagne !
Après ce passage chez nos "amis" de la Fédération, direction le comité olympique français où, là, l'accueil était un peu plus destiné à des sportifs venant de remporter le premier titre mondial français dans un sport collectif. Petit déjeuner copieux, histoire de reprendre des forces, et champagne à gogo pour ne pas perdre les bonnes habitudes prises après la finale. Dans la foulée, on nous a demandé de mettre nos empreintes dans une plaque de ciment, histoire de rester dans les mémoires du sport français un peu comme sur Hollywood Boulevard. Comme on n'était pas comme tout le monde, je veux dire qu'on était les Barjots, ce n'est pas les mains que l'on a trempées dans le béton, mais le visage !
Apres ce passage au CNOSF, la valse des médias a commencé. Tout d'abord, un passage par le journal I'Equipe où l'accueil a été très chaleureux. Ensuite, quelques uns d'entre nous sont passés à la télé pour les journaux de 13 heures. Une vraie vie de stars pour des gars comme nous qui étions habitués à des retours de compétition dans le plus parfait anonymat.
Le soir, nous nous sommes retrouvés dans une rue très connue des fêtards parisiens pour y célébrer notre victoire avec tous nos amis, les gens que nous avons croisés dans la soirée ne cessaient de nous féliciter et de nous faire part de leurs émotions.
Le lendemain matin, tout ce petit monde était reparti dans le train-train de la vie quotidienne car le championnat de France n’était pas terminé et, étant professionnels, nous nous devions de remplir notre contrat avec nos employeurs.
Pendant une semaine, la presse écrite a fait des éloges sur cette fameuse équipe des Barjots et, là, je me suis dit que le hand allait enfin acquérir une place de choix dans le sport français. Mais je suis vite redescendu de mon nuage ! Un mois après, tous les efforts consentis pendant des années à se faire violence à I'entraînement, à effectuer des déplacements de " fou " avec cette équipe pour que le handball soit reconnu comme un des sports les plus populaires en France, n'avaient servi à rien.
Nous avions accompli notre travail du mieux possible. Les responsables de la Fédération, eux, se sont reposes sur leurs lauriers et ont attendu que les sponsors et les médias leur tombent dans les bras. Après la médaille de bronze à Barcelone, Ia Fédé nous avait dis : " c'est tout nouveau pour nous, laissez-nous le temps de grandir et de nous structurer. Nous ne sommes pas habitués à ce genre de problème " OK, on ne s'emballe pas et on avait compris que c’était un travail qui demandait du temps.
1993 : On est vice-champion du monde, même constat : pas plus de médiatisation, pas de nouveaux sponsors.
Là, tu te dis : " ça fait deux fois, ça commence à bien faire !" ...
1995: Le titre suprême. Mis à part quelques nouvelles reconnaissances, le hand ne bouge toujours pas. OK, c'est comme ça, nous, on part jouer à l'étranger monnayer notre talent. Tant pis pour le Championnat de France et désolé pour les aficionados des Barjots. Mais, nous, nous avons fait notre job !
Maintenant six ans ont passé, la France est de nouveau sur la plus haute marche du podium, et l'on a malheureusement l'impression que l'histoire recommence. Où sont passées les belles promesses de la Fédération française de handball comme : " si un jour vous êtes de nouveau champions du monde, vous verrez, il y aura beaucoup de choses qui évolueront ". Eh bien, messieurs, deux titres en six ans, ça ne vous suffit pas ?

Quand tu vois un mec comme Frédéric Volle (champion du monde 95, médaille de bronze à Barcelone) se retrouver tel un anonyme dans les tribunes de Bercy, n' ayant même pas une place pour aller au salon VIP, comme pas mal d'anciens Barjots d'ailleurs ! (Moi, j'ai été obligé d'acheter une place à mon épouse pour qu'elle puisse assister à la finale), quand tu vois les joueurs de l'équipe de France payer leurs boissons dans la discothèque réservée par la Fédération le soir de la finale, et j'en oublie... Tu te dis : il y a quelque chose qui ne va pas ! Alors, Messieurs de la Fédé, pensez que s'il n'y avait pas les joueurs, vous n'existeriez pas !

Un Barjot du nom de Stéphane Stoecklin

06 avril, 2005 15:07  

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